Coup de coeur: RIP! – MANIFESTE EN FAVEUR DU REMIX (TQ6501)

Publié: 29 mai 2012 dans Chronique, Coups de cœur

Documentaire monté de façon ultra-dynamique et nerveuse et réalisé à base d’un tas de collages et d’animations diverses, RIP se penche sur le cas épineux des droits d’auteurs aux USA. En invitant les internautes à remonter eux-mêmes ses images via le site Open Source Cinema, Brett Gaylor a suivi un processus de création participatif en intégrant dans son film certaines séquences remixées, illustrant de façon toute personnelle le pied de nez à l’industrie que le partage de culture peut réaliser. Pour étayer son propos, Brett Gaylor suit notamment Girl Talk, artiste américain s’étant fait un nom dans le milieu musical en tant que créateur de mash-ups délirants, pratique totalement illégale en vertu du copyright. A partir de collages de fragments de morceaux protégés, cet artiste tisse depuis de nombreuses années de nouveaux morceaux qui, paradoxe étonnant s’il en est, l’ont propulsé sur les scènes de festivals gigantesques où se produisent certains des groupes auxquels il a « emprunté » certains samples alors que s’il devait payer pour l’utilisation de ces échantillons sonores, l’addition s’élèverait à environ un million de dollars par morceau… Alors, sa démarche fait-elle de lui un artiste du peuple ou un pirate sans foi ni loi?

Tout au long de cette captivante plongée dans le monde de la création et de son détournement, le réalisateur montréalais répond à cette question en démontrant au spectateur que plutôt que de protéger les créateurs, comme c’était son but à l’origine, la loi actuelle sur la propriété intellectuelle entrave leur créativité et va même jusqu’à empêcher le progrès scientifique.
Car, et c’est là l’intérêt premier de ce documentaire fascinant,  RiP: remix manifesto démontre que, de tout temps, les artistes ont puisé dans les oeuvres existantes pour en créer de nouvelles. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’un oligopole américain composé de six grands studios et de quatre labels de disques a tenté d’avoir la mainmise sur les idées et les images, en achetant et en brevetant à tours de bras, poursuivant tout qui utilisait un élément de « leur » patrimoine. L’absurdité de ces poursuites en justice est richement illustrée de cas concrets. Que penser de cette petite crèche américaine attaquée par Disney pour usage abusif de ses icônes sur ses murs alors que Disney lui-même s’est construit son empire en pillant tout un répertoire de contes et de légendes traditionnelles appartenant au domaine public!

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Parallèlement, le film montre aussi à quel point le brevetage intempestif de toute forme, même vivante, représente un frein à la recherche scientifique. En prenant l’exemple concret du Brésil qui a fait tomber les brevets des médicaments contre le sida afin de pouvoir mieux lutter contre cette maladie, le film cherche à démontrer que le copyleft, en permettant de diffuser, commercialiser et modifier les contenus, représente l’avenir de la science, de l’art et de la culture. Un documentaire esthétiquement très réussi et édifiant sur une question brûlante d’actualité à ne pas louper!

Jérôme Henriette

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